Ibrahim Maalouf aux États-Unis: «Depuis ma rencontre avec Quincy Jones, des rêves se réalisent» – French Morning US

DFC

Sweat noir orné d’un casque de musique, sa simplicité tranche avec l’ambiance feutrée de l’hôtel cinq étoiles de Beverly Hills où nous avons rendez-vous. « On va se tutoyer, d’accord ? » propose Ibrahim Maalouf, avant de commander un jus d’orange frais dans un très bon anglais. Début février, l’immense trompettiste était de passage à Los Angeles pour les Grammy Awards, nominé pour la deuxième année consécutive avec Todo Colores, issu de son dernier album, «Capacity to love». S’il n’a pas remporté la statuette, French Morning a eu la chance de rencontrer cet ovni de la scène musicale, en tournée à travers l’Amérique du Nord au printemps 2024.

Sa quête de nouveaux sons qui le mène à l’électro, sa rencontre avec le producteur américain Quincy Jones qui a bouleversé sa carrière, ses mille projets… L’artiste franco-libanais s’est livré avec générosité, évoquant son lien singulier avec l’Amérique, qu’il rêve de faire vibrer. Car, hormis « la niche du monde du jazz», « le public nord-américain ne me connaît pas très bien » estime celui, qui, à 43 ans, n’a cessé de se métamorphoser, voyageant du classique vers le jazz, des musiques du monde à la composition pour le cinéma.

Ibrahim Maalouf sur la scène de l’Ocean Fest, à Nantes, en janvier 2024. © Cléo Renard

Trompette et musique electro

Sa tournée de 11 dates aux États-Unis et au Canada, du 20 avril au 4 mai, est l’occasion de toucher un public différent. Ibrahim Maalouf a hâte d’être sur scène. Car, en plus de ses morceaux incontournables comme « Beyrouth », « True Story » ou « Red and Black Light », il dévoilera son nouveau projet, mêlant musique électronique et trompette. Une alchimie étonnante née de sa rencontre avec le DJ français Mercer, installé à Dubaï.

« Pour la première fois, j’intègre l’électro dans mon travail. Et même si mon ADN est toujours dedans, ça change radicalement de tout ce que j’ai fait avant, prévient-t-il. J’ai toujours aimé associer des cultures qui, en apparence, ne sont pas associables » , rappelle le musicien, en évoquant sa reprise, il y a près de 10 ans, d’un grand classique de la diva égyptienne Oum Kalthoum dans un style de jazz typiquement new-yorkais.

A 43 ans, le trompettiste franco-libanais rêve de faire vibrer l’Amérique. © Mickael Borges

Une tournée outre-Atlantique, deux nominations aux Grammys, une pluie de collaborations avec des artistes de renom, des voyages à LA… Ces dernières années, la carrière d’Ibrahim Maalouf a été propulsée vers de nouveaux sommets, grâce à sa rencontre avec Quincy Jones et son équipe. C’était en 2017, au festival de jazz de Montreux. « Le rencontrer, ça paraissait stratosphérique, c’était comme rencontrer le pape ! », confie-t-il. 

« Quand j’étais petit, j’avais un disque de Ray Charles que j’écoutais tout le temps, sur lequel était écrit au dos ‘produit par Quincy’ raconte-t-il. J’ai toujours senti que cet homme avait joué un rôle fondamental dans toute la culture moderne d’aujourd’hui. Et là, je découvre que c’est quelqu’un de très cool, très simple, avec qui on peut papoter. »

C’est le début d’une intense collaboration avec l’équipe du producteur américain*, par le biais du jeune manager français Thomas Duport. « À partir de là, les rêves ont commencé à arriver » glisse le trompettiste, qui n’avait pas imaginé développer sa carrière de l’autre côté de l’Atlantique. L’été dernier, il a joué sur la scène du mythique Hollywood Bowl, à LA, pour les 90 ans de « Quincy », aux côtés des plus grands artistes, comme le raconte ce joli petit film.

Hollywood, les paillettes et les tapis rouges ne lui font pas tourner la tête pour autant, assure-t-il : « C’est une expérience que je vis comme on regarde un film ou un spectacle. Je le vis à fond, je sens que je suis un personnage actif de ce film. Après, je rentre à la maison et on retrouve la vie normale.» Sauf que la « vie normale » d’Ibrahim Maalouf n’est pas celle du commun des mortels. 

Lelouch, théâtre, concerts

Les projets se superposent à son agenda : composition de la musique du dernier film de Claude Lelouch, « Finalement »; premiers pas au théâtre, le 27 février à Paris, dans une pièce de Denise Chalem avec Thibault de Montalembert (30 représentations !); enseignement de l’improvisation à des musiciens d’orchestre au sein du Free Spirit Ensemble, qu’il a créé… L’avantage d’avoir son propre label, c’est d’être indépendant.

En 2024, son calendrier annonce des concerts dans toute la France, et bien sûr, aux États-Unis. Deux albums sont aussi en gestation («Trumpets of Michel-Ange » et « TIME X »). Des projets très différents, mais tous les deux « hyper festifs », pour «amener un peu de joie et de légèreté », « parce qu’en ce moment, ça va très mal » déplore Ibrahim Maalouf… Un monde, dont ce vrai gentil veut adoucir la dureté, par le souffle de sa trompette.

*Quincy Jones Production, récemment devenue Early Hour Entertainment